Faire rire avec l’actualité n’a rien d’une mode récente. C’est presque aussi vieux que le journalisme lui-même, et c’est ce qui rend le terrain de jeu de Générations Stand-Up ! si riche. Derrière les punchlines, une vraie question : quelle place l’humour occupe-t-il dans l’actualité ?
Une longue histoire
De tout temps, l’humour a occupé une place dans les médias. Qu’il s’agisse des caricatures ou des journaux satiriques du XIXème siècle, du Faux Soir en 1943 ou de Pan ! en 1946. Dès les années 1980, chroniques et émissions humoristiques s’invitent à la radio –
Tout commence au XIXe siècle, vers 1830, avec la caricature et les journaux satiriques. Viennent ensuite Le Faux Soir en 1943 et Pan ! en 1946, puis les chroniqueurs et les émissions humoristiques qui s’invitent à la radio dès les années 1980. En Belgique, le personnage de François Pirette fait son apparition sur les ondes de la RTBF dès 1983. La télévision suivra, avec des émissions comme Les Guignols puis, plus tard, le Grand Cactus. Depuis 2010, la presse satirique existe aussi en ligne (Nordpresse, le Gorafi), et aujourd’hui, ce sont les internautes eux-mêmes qui détournent l’actualité, parfois à l’aide de l’intelligence artificielle.
À quoi sert l’humour dans l’info ?
Dessin de presse, journal satirique, parodie en ligne, chronique radio, faux journal télévisé ou stand-up : chaque format a ses codes. Une parodie sortie de son contexte, par exemple, peut vite passer pour une vraie info.
Selon le contexte, l’humour joue plusieurs rôles. Il peut dédramatiser une actualité pesante, servir de contre-pouvoir face à la langue de bois, rendre accessibles des sujets arides ou encore toucher des publics qui boudent l’information classique. Il permet aussi de prendre du recul sur la façon dont les médias fabriquent l’actualité – ce qui est précisément un des objectifs du projet Générations Stand up !
L’humoriste, lui, peut endosser différentes postures. Il y a le « fou du roi », qui bénéficie d’une relative impunité pour dire des vérités dérangeantes. Il y a celui qui casse la distance du journaliste-expert en adoptant un ton complice, et celui qui sert de « seconde lame » pour rendre une information plus mémorable. Il arrive enfin qu’il serve de soupape de sécurité à un média, au risque d’être instrumentalisé.
Comment décoder une blague
Pour distinguer l’humour qui éclaire de celui qui dérape, quelques questions à se poser : qui est l’auteur·e, et sait-on tout de suite qu’on est dans l’humour ? Quel procédé est utilisé : satire, parodie, exagération, ironie ? Mais surtout, qui est visé : une personne de pouvoir, une institution ou un groupe déjà minorisé ? Enfin, la blague éclaire-t-elle l’actualité, ou finit-elle par la remplacer ?
Des débats ouverts
Ces questions n’ont pas de réponse toute faite, et c’est tant mieux.
L’humour évolue avec les sensibilités de chaque époque : ce qui passait hier pour une moquerie banale, souvent aux dépens des minorités, se heurte aujourd’hui à de nouvelles sensibilités. En Belgique, il est protégé par la liberté d’expression, mais il s’arrête là où commence l’infraction, comme le négationnisme, le racisme, la discrimination, la diffamation ou l’injure.
Peut-on aussi être neutre et drôle ? L’ironie assumée d’un chroniqueur semble s’opposer au devoir de neutralité du reporter, ce qui oblige les rédactions à clarifier la frontière entre les professionnels du rire et ceux de l’information. Et que dire de l’infotainment, qui séduit les jeunes mais place parfois une crise géopolitique et un potin léger sur le même plateau, au risque de brouiller la hiérarchie des faits ?
Reste enfin la question du public. Des références trop pointues peuvent exclure une partie de l’auditoire, et l’humour reste profondément culturel : là où l’humour politique français mise volontiers sur la confrontation et la joute verbale, l’humour belge penche plutôt vers le surréalisme et l’autodérision.
Rire, c’est sérieux
C’est exactement ce chemin qu’ont parcouru les participant·e·s de Générations Stand-Up ! : apprendre à écrire, observer les médias d’un œil critique, questionner les clichés entre générations, puis transformer le tout en punchlines devant un public.
