Dans notre société, les jeunes sont invisibilisé..es et perçu..es à travers plusieurs étiquettes collées à leur âge et leur génération. Combien de fois nos pensées, nos opinions, nos projets devaient attendre d’être jugés “matures” avant d’être simplement écoutés ? En tant que jeune qu’on dit ”perdue”, ignorée par un système obsédé par l’expérience et l’efficacité, j’aimerais déconstruire ces croyances limitantes façonnées par notre société, car ces étiquettes ne reflètent pas ce que nous nous efforçons de faire : repenser les normes, visibiliser les injus tices, créer des lieux de partage. À notre manière. Avec nos règles. À notre échelle.  

Dans cet article, j’aimerais mettre en lumière une piste concrète : le Cultura Fest. Un lieu de partage, de transmission et de rencontre. Un espace où se perdre n’est que l’expression de notre liberté.  

Pendant six mois, les membres de l’organisation ont imaginé un festival, de l’idée jusqu’à sa conception, des contraintes à sa concrétisation. Un événement pensé comme un espace de partage pour faire entendre leurs voix dans leur diversité, leurs colères et leurs envies.  

Réuni..es au sein de différentes maisons de jeunes et organisations de jeunesse, de Bruxelles à Liège, iels ont réfléchi à chaque étape collectivement avec l’encadrement de deux organisations de jeunesse : Magma ASBL et Jagora ASBL — deux organisations de jeunesse spécialisées dans le suivi de projets interculturels. Mais surtout, les jeunes ont eu le choix de s’investir selon leurs envies et leurs talents. Certain·es jeunes se sont engagé..es dans les coulisses afin d’aider à la coordination du festival, d’autres ont fait du stand up, slamé, chanté et rappé afin de monter sur scène le jour du festival. Pendant ce temps, des volontaires ont suivi une formation en ingénierie du son afin de manier les réglages, les mixages et l’installation du matériel audio et de sonorisation. « Les jeunes occupent une place centrale dans l’ensemble du projet » résume Raphaël Baling, chargé de projet du Cultura Fest.  

Un défi relevé haut la main par une jeunesse à qui l’on a tendu la main, transmis des outils et sur qui on a pu compter. Pas seulement pour participer, mais pour construire, transmettre et affirmer sa voix. 

Au coeur du projet, une philosophie : « penser avec les jeunes »  

Le 4 décembre 2024, une graine s’est plantée, une idée si grande à faire pousser, mais pas autant que la volonté des jeunes volontaires et de leur chargé de projet, Raphaël. Ce jour-là, dans une salle de la Baraka ASBL, futur partenaire du Cultura Fest, le silence est épais. Sofia ajuste le PowerPoint sur son ordinateur, vérifie que tout est bien branché.  

3, 2, 1. « Tu peux commencer » chuchota-t-elle à Raphaël. « Aujourd’hui, nous aimerions vous présenter notre nouveau projet : le Cultura Fest ». Et à ce moment-là, sans qu’on le sache encore, quelque chose avait germé.  

Aujourd’hui, elle vous écrit alors que les fleurs ont déjà poussé mais revenons un instant en arrière, à ce moment où tout était encore fragile. Et parlons surtout de comment l’eau n’a pas noyé les graines, mais les a fait pousser.  

Sept volontaires, de Bruxelles à Liège, se sont investi..es dans le comité d’organisation du festival pour penser, réfléchir, planifier une organisation collective, inclusive et juste. Iels ont appris à se connaître, leurs besoins, leurs limites et à accueillir leurs doutes. À construire un environnement où chacun·e pouvait trouver sa place, ses idées, sa voix. Mais surtout, iels ont choisi de construire en conscience.  

Avant même de penser au programme ou à la scène, les volontaires ont pris un moment. Un week-end de formation, animé par BePax (association d’éducation permanente dont la mission est de contribuer à la paix et combattre les inégalités sociales dues au racisme), pour réfléchir ensemble. Qu’est ce que le racisme et la lutte antiraciste, aujourd’hui ? Comment le racisme se manifeste-t-il dans nos actions, dans la société et le système politique ? Est-ce qu’il se voit ? 

Iels ont appris à déconstruire, à réagir face aux discriminations et à transmettre ce savoir avec le cadre adapté afin de créer un espace bienveillant, conscient et sûr. C’est avec ce regard qu’iels ont entamé toutes les étapes suivantes de l’organisation, en étant impliqué..es à chacune d’entre elles. Car les discriminations ne commencent pas lorsqu’elles sont punies par la loi. Elles commencent impunément par une remarque, par une mise à l’écart, un regard, un silence.  

Le comité organisationnel, c’est aussi des jeunes qui ont complètement quitté leur zone de confort. Après avoir suivi leur formation avec BePax, iels ont reçu une mission délicate : transmettre à leur tour ce savoir aux jeunes artistes des ateliers de musique, slam et stand-up. Beaucoup de doutes ont émergé : prendre la parole devant des inconnu..es, parfois plus âgé..es ? Comment se sentir légitime de transmettre un savoir qu’iels sont elleux-mêmes en train d’assimiler ? Mais avec le soutien de BePax et de leur animateurices, iels ont pu mettre ces doutes à l’épreuve, affiner leur posture, enrichir leurs connaissances et clarifier leurs intentions. Transmettre, oui, mais sans imposer. Ouvrir un échange et planter une graine.  

Comme le rappelle Raphaël Baling, « le Cultura Fest, c’est un apprentissage où tout le monde est légitime. Nous n’attendons pas un diplôme, de l’expérience ou une reconnaissance pour prendre la parole, pour occuper l’espace public ou créer un événement. Ici, nous apprenons en marchant, en partageant, en osant. Nous avons le droit de nous tromper, de tomber ou de douter et de recommencer. Tel est le message du Cultura Fest ».  

« Je n’ai jamais eu de formation pour organiser un événement. J’ai tout appris moi-même, sur le terrain. Et je pense que ce genre d’expérience ne devrait pas être réservé à des professionnel..les. D’autres ont ce besoin, cette envie, cette volonté. L’expérience, elle vient avec la pratique. Et si on pratique, on finit par l’acquérir. » – Raphaël Baling, chargé du projet Cultura Fest. 

14 septembre 2025 : la concrétisation de plusieurs mois de travail  

14 septembre 2025, quelques secondes avant de passer sur scène, les encouragements affluent à mes oreilles, mais mon cœur ne cesse de battre comme s’il semblait vivre ses derniers instants. Je tape du pied, j’ai tellement hâte, tellement hâte de leur montrer ce que je prépare depuis des mois. Malgré mes mains moites, j’empoigne ma guitare. C’est le moment, c’est enfin le moment où je vais tout leur dire.  

Ces moments-là, iels ont été nombreux..ses à les vivre, car les jeunes des ateliers, pour la plupart débutant..es, se sont préparé..es pendant des mois pour monter sur scène, non pas parce que c’est “tendance”, mais pour partager, exprimer et faire entendre leurs voix sur les sujets qui leur tiennent à cœur. Durant six mois, iels ont exploré l’écriture, leur style, leur posture. Iels ont cherché les mots justes et percutants. Écrit, raturé, recommencé. Iels ont transmis ce qui les touche, ce qui les fait avancer, ce qui les blesse. En parlant d’amour, de colère, de racisme, de rêve, de liberté, d’humour, de ce qu’on tait et de ce qu’on ne peut plus cacher. Mais avant même la scène, une autre épreuve s’est imposée pour beaucoup : la pression de bien faire. Pas celle des animateurices ni celle du public, mais celle que les jeunes s’imposaient à elleux-mêmes. Ne pas faire d’erreur, pas d’oubli, donner “le meilleur de soi même”. Autant d’injonctions que les jeunes ont intégrées malgré elleux, à force du système scolaire, de réseaux sociaux, d’images idéalisées d’artistes parfait..es. Comment ne pas flancher quand un oubli se présente ? Quand les jambes tremblent et la gorge se serre, que le texte semble s’échapper ? C’est justement là que la préparation artistique prend tout son sens, pendant des mois, iels ont aussi appris à poser leurs voix, à respirer, à regarder le public. C’est pourquoi, une semaine avant le festival, une résidence a été organisée pour que les jeunes puissent partager leur prestation devant les autres. Afin que chacun·e puisse s’écouter, s’encourager, se préparer ensemble.  

On a écouté des raps puissants, des musiques entraînantes et des blagues si justes. On proposait d’ajouter un silence, un regard, un mot. On apprenait à se faire confiance. Ce n’était pas qu’une répétition, c’était une préparation collective autant pour les jeunes artistes que celleux du comité. Une sorte de scène invisible qu’on a construite ensemble et qui a nourri celle du 14 septembre. Une ode à la voix des jeunes dit..es perdu..es, délaissé..es par une société démunie.  

« On n’a pas besoin d’être un..e expert..e pour avoir le droit d’apprendre, de créer et de se produire. »  

Et si, on n’avait pas besoin d’être un·e artiste confirmé..e pour s’exprimer, d’être un·e adulte pour prendre des décisions et expérimenter, d’avoir peur de faire des erreurs pour commencer. Et si on n’avait pas besoin d’avoir tout planifié avant de se lancer ?  

Le Cultura Fest, ce n’est pas juste un festival, c’est un outil donné par et pour les jeunes, un prétexte pour essayer, un espace pour apprendre sans pression, une expérience sans limite. Tu peux arriver avec une idée floue, une voix tremblante, une envie timide et repartir avec une scène, un public, une équipe et surtout : ta place.  

Alors si toi aussi, tu veux créer sans qu’on ne te demande ton expérience, en faisant des erreurs, en échouant et en recommençant sans limite, rejoins-nous pour la prochaine édition du Cultura Fest. Soutenir de nouveaux..elles jeunes, de nouveaux textes, de nouvelles voix, une jeunesse qui crée, qui pense et qui rêve.  

Parce que la seule chose qu’il faut pour commencer, c’est oser. 

Auteur/autrice

  • Volontaire pour le Cultura Fest  

Articles similaires

Sport (4)
Sexisme (6)
Couples (1)
Festival_2023 © Joséphine Devillers (15)

Newsletter

Des nouvelles utiles,
pas du spam.

Actus, ateliers, scènes ouvertes, appels à projets — juste l’essentiel

Ce site Web utilise des cookies

Nous utilisons des cookies pour personnaliser le contenu, fournir des fonctionnalités de réseaux sociaux et analyser notre trafic. Nous partageons également des informations sur votre utilisation de notre site avec nos partenaires analytiques. Vous pouvez modifier vos préférences à tout moment. Pour plus d'informations, veuillez consulter notre Politique de confidentialité et notre Politique en matière de cookies. Politique de confidentialité